Voyage en terre australe

Dernière semaine à Sydney ! Enfin !

Ce jeudi 20 décembre, le boss du restaurant me contacte pour faire un service. Et c'est parti pour 1h de trajet entre les trains et les temps d'attente sur le quai. Que du bonheur. J'ai autant envie d'aller astiquer des plats que de plonger dans une mare aux crocodiles...

Je sais que dans 5 jours, je serai en Tasmanie, et cette perspective de reprise du voyage me pousse encore moins à me motiver. C'est comme Juin dans la tête d'un lycéen : peu enclin à faire ses devoirs-maison car le dernier conseil de classe a officialisé le passage en classe supérieure, il fait juste acte de présence. Comme le vendredi avant les vacances d'un salarié, on y fait moins d'efforts, la tête ailleurs, dans l'excitation d'un nouveau départ vers l'inconnu.

Jusqu'à dix minutes avant de rentrer dans la cuisine, j'hésitais à repartir. A faire faux-bon au patron, tellement l'idée d'aller faire 7h de vaisselle me répugne à présent. C'est une équipe sympa, ils me disent toujours les choses sympathiquement. Mais c'est trop. J'ai tenu 3 mois à Katherine à faire la plonge. Ca fait un mois à Sydney, dans des conditions bien moins agréables (moins d'argent, plus de cadence) et je sature. Je me suis inscrit dans un cercle vicieux à Sydney : depuis que je me suis fait virer du restaurant du Maroubra Seals Club, je dépense plus que ce que je gagne. C'est la récession. Avec mes 20h par semaine seulement, je ne peux plus mettre de côté de l'argent alors que c'est à ce moment que j'en aurais le plus besoin.

Les gens s'imaginent que si j'ai travaillé 6 mois en Australie, alors je devrais arriver blindé de tunes en Asie. Et bien non car j'ai passé 1 mois à bosser en diletante, juste pour me défrayer, et sans retrouver un second job qui m'aurait fait mettre de côté. Décembre était déjà trop tard.

Bref, du fait que je parte dans 5 jours, j'ai l'impression d'être moins prompt à appliquer ce qu'on me dit. Par exemple, on me demande de travailler plus vite. Je ne suis pas bon en cuisine, j'aime pas courir comme une antilope apeurée dans une savane qui n'est pas la mienne. Je ne suis plus récéptif à leurs injonctions. Alors quand on me demande d'aller plus vite, je réponds que je fais ce que je peux, rien de plus, "no more", "that's it".

Je commence à 16h, 2h avant le début du service du diner. Dans la cuisine, la vaisselle du midi est restée amoncelée dans ses bacs pleins de flotte huileuse et brunâtre de saleté. J'entame donc le nettoyage. Laver, rincer, puis laver à la machine. Sécher un peu, ranger. Mais le plus agaçant est que chacun me demande des choses en même temps. "Tu peux me laver ça stp?" "Tu peux me nettoyer ce truc stp?" "Tu peux me filer ça stp?" "Tiens tu devrais nettoyer ta vaisselle plus vite car le service va commencer."... A rendre fou! Et puis quand j'ai fini ça, j'émigre vers une petite arrière-cuisine, où il y a un double évier où ils entassent les plats, les ustensiles, les faitoux, les poêles et les casseroles pleines de saleté. Je dois nettoyer ça au spray qui pendouille (que je me prends aussi des dizaines de fois dans la tronche et que j'ai envie de faire valdinguer). Alors je suis là comme un con courbé à 120° vers l'évier, à aller aussi vite que je peux. Ma tête rentre dans le guidon, et puis au bout d'un moment, je me dis que je suis vraiment débile. C'est qu'ils ont réussi à me soumettre, à me rendre docile. Je deviens débile juste pour faciliter leur travail. Dans le vacarme de l'inox qui s'entrechoque sur l'évier, mon égo s'égosille et tape du poing sur la table du cortex : il dit "mais qu'est-ce que je suis venu faire dans cette putain de ville? J'en ai plein le cul de ce pays, je vous rends mon tablier et j'me barre." Mais la raison rétorque que nous vivons dans la dictature des besoins et qu'il faut de l'argent. Et bizarrement, la raison prend le dessus sur l'égo. Alors j'essaye d'aller plus vite. Comme si cela augmentait mon salaire tiens ! Il faut aussi que j'approvisionne les cuisiniers en assiettes, que je vide les poubelles, que je range la vaisselle, que je nettoie les sols, je suis un esclave énervé mais content. Mais ce n'est définitivement pas mon univers, à moins d'être cuisinier.

Il est déjà minuit, voilà 8h que je suis en continu en train d'astiquer tout ça, quand je termine enfin. J'ai cru que ça n'en finirait jamais. "Quand il n'y en a plus, il y en a encore", dit-on bien souvent. Demain, rebelotte à 17h. The last one ? Je m'attends à ce qu'il me demande pour lundi 23 et mardi 24, comme c'est un peu des jours chargés (j'ignore pourquoi...). Respirez, lecteur(s), et humez comme cela sent bon la fin de ce chapitre ;-) !

Dimanche 23 Décembre : Dernier week-end avant la Tasmanie. Par cette belle journée d'été, je décide de prendre un ferry pour traverser la baie et aller dans un lieu que je ne connais pas encore : Manly, au nord est du CBD. 25 minutes de ferry qui mènent à la ville de Manly, annexée à Sydney au début du 20ème siècle. Manly est une petite péninsule qui borde l'entrée dans la baie de Sydney : il y a donc la plage de Manly, donnant sur l'océan, et le versant Ouest, donnant sur la baie de Sydney, plus calme que l'océan. Je voulais aussi découvrir le Sydney Harbour National Park. Petite virée sympathique donc avant de rejoindre le froid Tasman, et avant...avant le Temps des cerises !

A Kings Cross, attendant le bus. On dirait pas qu'ici la nuit, ça abonde de monde. Bars, pubs, clubs disco branchés, restaurants, fasts-food, buralistes, prostituées et leurs macs, épiciers et policiers (évidemment...) s'activent dans tous les sens à partir de 18h jusqu'à l'aube.

C'est marrant, les gens s'arrêtent devant un aborigène qui fait du dijeridoo (soit, sur un cd de mauvaises drum&bass). Ils prennent le mec en photo puis en fait, prennent les alentours en photos. Et recommencent à virevolter sur le quai. En fait on a l'impression qu'ils s'arrêtent car ils apprécient la musique. Mais non en fait ils s'en fichent. Peut-être prennent-ils la photo uniquement parce que c'est un aborigène, pour dire au pays qu'ils en auront vu de leurs yeux, dans un récit qu'ils engloberont à la faune et flore du pays...je suppose, je divague.

On ne voit pas trop, mais on est censé voir les tours du centre d'affaires de Sydney derrière la colline normalement. Comme d'habitude à Sydney, dès qu'il fait beau et chaud, le ciel se couvre autour de 17h-18h et il se met à cailler, et tout paraît moins beau.

Certains recoins ont des apparences similaires aux calanques de Marseille, ou bien aux criques de la Corse...bizarre de retrouver ces mêmes couleurs, cette végétation de pins méditeranéens et leur senteurs de sève chauffée, ce à 20 000 km de la France. Il ne manque plus que les cigales, mais je n'ai rien entendu.

En marchant, consécutivement deux petits lézards qui s'échappent vers le fossé ! 

  Belle bêêête !

 Manly Beach, côte Est de la péninsule. Côté Océan Pacifique et ses surfers (son surfer, sur la photo...), avec au loin, la pointe nord de la Nouvelle Zélande et le Chili (si si, regardez bien).

Les rafales de vent s'abattent de la mer vers la terre comme pour effondrer les hôtels dégueulasses que les colons ont construit dans une architecture anglosaxonne horrible. Plusieurs rangées de vagues s'avancent vers le rivage comme une armada arme ses salves lancées par l'attraction lunaire pour que la Nature reprenne ses droits sur une inHumanité inconsciente. Bref, l'Océan ça fait du bruit, ça apporte du froid et c'est bruyant, mais impressionnant.

Ah j'oubliais, nous sommes le 23. Demain, Noël commence.

Quelques pensées à propos Noël.

C'est la vie qui s'arrête. Beaucoup de bars, cafés et restaurants seront fermés du 23 au soir au matin du 26. Remarquez, ils ont un peu raison, on ne crache pas sur un jour férié quand on bosse d'arrache-pied. En revanche, les magasins gonflent leur chiffre d'affaire. Le business explose tandis que la vie sociale marque une pause. Si Noël avait réellement une portée sociale et religieuse, les acteurs économiques, en tant que bons croyants célébrant la modestie financière du Christ, baisseraient leurs prix en guise de reconnaissance vers les pauvres ou du moins les moins riches. La dictature des marchands et la course au dollar évidemment impose de faire l'inverse, se gaver de pognon à cette période sur la consommation des gens enrôlés de force dans le modèle matérialiste de l'Avoir et du Paraître avant l'Être.

Noël, la nativité, est censée je crois, rendre hommage au partage, à la solidarité, un moment de fraternité dévoué à la souffrance du Christ, sous entendu la souffrance du peuple, des dominés et des damnés. Quand une Humanité divisée en Classes où des gens meurent de faim ou de froid par 0°C sur les trottoirs en voyant passer devant eux des mains lacérées par le poids des cadeaux, en voyant passer des banquiers en costume roulant en belle Mercedes payée à crédit sur 10 ans, ça ne donne vraiment pas envie de célébrer Noël.

Mêmes les banques et les multinationales souhaitent Joyeux Noël à loisir avec leurs guirlandes bariolées. Une société marchande qui célèbre Noël du coup, c'est comme un riche qui lance 1€ dans le chapeau d'un mendiant avant d'appeler la Police ou de faire du lobbying auprès du Maire pour "nettoyer" les pauvres des boulevards (oui, un pauvre en lambeaux au pied des banques, c'est pas très esthétique aux yeux des bourgeoises à Yorkshire en laisse) : c'est hypocrite. Si on célèbre Noël alors que l'on célèbre aussi les fêtes africaines, chinoises, musulmanes, bouddhistes, juives, hindouistes, ça nous fera plus de jours fériés et moins de Domination culturelle et sociale dans les moeurs. Noël, outre le plaisir de se retrouver en famille, est un coup de marketing où l'on achète avec des cadeaux le pardon de toute une année d'hypocrisie. Les cadeaux confirment les hiérarchies sociales et les inégalités économiques, c'est un moment commercial de domination capitaliste. Soit, le sens parfaitement opposé de ce que Noël est censé représenter. CQFD.

Le départ en Tasmanie approchant à grands pas, j'ai passé le soir de Noël avec un pote français dans les rues de Sydney. Petit apéro peinard sur les marches de Darling Harbour, d'où était tiré le feu d'artifice. Et puis nous avons essayé de faire les bars... Quelques pubs se battent en duel le long des boulevards, ce n'est pas la rue Saint-Michel de Rennes. Passeport, vêtements branchés, une file d'attente interminable pour une sélection drastique minable. Arrivés au niveau du videur, on nous empêche de rentrer la plupart du temps : combien vous avez bu de verres. Il doit être 2h du matin, nous répondons "1 bière", ils nous disent que c'est trop... Le bar voisin, il nous demande ce qu'on a bu, nous répondons "0, pas un seul verre", ils nous répond "too much", que c'est trop. Réponse mécanique. C'est dans un bar gay un peu éloigné du centre-ville qu'on finit par nous accepter...glauque mais marrant. Et pour la première fois de mon séjour à Sydney, Kings Cross paraît calme, endormie. D'habitude même à 4h du matin, c'est le bordel et là, c'était bien calme. Quelques photos de la soirée :

Hyde Park, plein centre-ville de Sydney.

Et quelques minutes plus tard, petit apéro sur les marches d'un hôtel, abrité de l'orage qui s'invite à l'improviste à Darling Harbour : Bye-bye Sydney et sa grisaille, tu ne vas pas me manquer. Bien que, au moment de partir, petit pincement au coeur comme à chaque départ, de ne plus voir les petites trognes de nos amis de passage. 2h d'avion, et Welcome to Tasmania !!


Publié à 16:40, le 25/12/2012, Sydney
Mots clefs :
.. Lien


{ Page précédente } { Page 6 sur 47 } { Page suivante }

Qui suis-je ?

Accueil
Qui suis-je ?
Mon itinéraire
Livre d'or
Archives
Amis
Album photos

Mes albums

Où suis-je actuellement ?



Rubriques


Derniers articles

Avril-Juin 2013 à Avalon Beach
Retour en Australie : Sydney again.
Voyage en Thaïlande ! 16 janvier - 8 février
Cherry picking !
Tasmanie !

Sites favoris


Amis