Voyage en terre australe

Vivre dans un backpacker de Sydney...

-Dans les transports en commun  de Sydney :

Une première chose me frappe : nous sommes dans une ville cent fois plus grande que Paris, en superficie, et quatre fois plus peuplée (4 millions d'habitants) et dans le train, sorte de métro, les gens sont joviaux et ont le sourire aux lèvres. Prenez le RER ou le métro à Paris et il faudra rester pas mal de temps avant de voir les bouches des passagers se tirer vers les oreilles en sourire. A un arrêt de bus dans le plein centre d'affaires de Sydney, je demande à un chauffeur quel bus je dois prendre pour aller à Lindfield, là où je commence mon job. Il me dit que je dois aller au métro, ce sera plus facile. Mieux, il m'emmène à la prochaine station de métro, gratuitement. Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, ils sont vraiment aidants ces australiens.

Les australiens me paraissent être un peuple d'heureux vivant sur leur île comme une sorte de refuge à l'abri de toute tensions connues sous nos latitudes européennes. Ils bossent, ils sont bien payés et donc peuvent pleinement profiter de leur temps libre en voyageant, en jouant de la musique, en faisant du sport à go-go ou bien ils économisent un max pour leur prochain voyage, leur retraite, leurs soins privés...(tout n'est pas forcément rose!) Mais ils semblent être une foule de gens qui ne se prennent pas la tête, ce à quoi s'ajoute les milliers de classes moyennes ou supérieures asiatiques et européennes qui viennent pour y vivre de manière permanente, créant un mélange culturel plutôt sympathique. Le train est jonché d'écoliers en uniforme, d'ouvriers en vestes jaunes et grosses bottines pleines de terre, de commerciaux en costume-cravate propres sur eux et chemise saillante, d'étudiant(e)s asiatiques ou bien travailleurs en working holiday visa : l'Australie est un carrefour des peuples au croisement des classes sociales, certes antagonistes mais qui ne s'affrontent pas de la même manière qu'en Europe. Les conflits sociaux semblent plus opaques, plus masqués car ici personne ne juge l'autre suivant son allure, en tout cas en ville. Le libéralisme à l'australienne ne doit pas être un trompe l'oeil, il y a toujours en coulisses les inégalités du capitalisme, les problèmes de racisme issus du passé colonial. Mais chacun a la "Go attitude", l'idéologie du travail ici fait que tout le monde peut gagner sa vie même en bas de l'échelle sociale et les métiers dits de "sous-rang" ne semblent pas dévalorisés. Cela donne des policiers rigolant avec des ouvriers, des hommes d'affaires qui côtoient des employés de bureau de base, bref chacun est le "mate", le camarade de l'autre. Du jamais vu pour moi en Europe.

En rentrant à l'auberge, un peu crevé par 5h de travail et surtout 3h cumulées passées dans le train de banlieue, je retrouve mes amis français qui discutent sur le toit du bâtiment. Le crépuscule arrive et les lumières australes du ciel font émerger un rouge-orange sur les nuages assez sympathique. Je voudrais décrire ici une journée type avec les gens de cette auberge car c'est assez particulier.

-Une journée en auberge à Sydney, refuge de riches adolescents qui découvrent la vie en ville loin de chez papa et maman.

L'auberge où je réside depuis le 9 novembre est un repaire d'allemands en vacances. La guest-house est nichée, confinée dans un immeuble du quartier hyper-actif de Kings Cross, perchée sur cinq étages plus le toit où l'on se rencontre pour fumer, faire la fête, discuter. On y aperçoit le Harbour Bridge et les immeubles du quartier. La plupart sont des jeunes de 18 ans à 22-23 ans qui sont partis en Australie pour prendre une portion de plaisir, "have fun", une année sabatique au commencement de leurs études. Ils sont majoritairement sur la côte Est pour faire la fête, boire du mauvais vin (le goun') et faire les beaux dans les discothèques, les clubs de Kings Cross ou de la City. Il y a bien des italiens et des français, des coréens, des japonais, des taïwanais et d'autres provenant de Hong-Kong. Mais la majorité de ceux qu'on entend le plus, sont des jeunes français et allemands à peine sortis de l'adolescence qui ont l'air d'être de la jeunesse dorée outre-Rhin. Tous les soirs, le goun' coule à flot dans les gosiers et fait monter les décibels de leurs voix. Du haut de leurs vingt ans, ils braillent à tout va dans l'auberge, tambourinent aux portes des chambres jusqu'à pas d'heure, et puis se couchent à 5h ou 6h du matin pour quelques heures de ronflement. En soirée, des pouffes pouffent, s'esclaffent de futilités et de débilités que leurs coqs d'un soir profèrent juste pour une étreinte de supermarché, l'amour comme produit de consommation à usage unique prêt à jeter. Et puis ils se mettent sur leur 31 pour aller faire flamber le porte-feuille dans les discothèques branchées du coin. Avec mes amis français, je passe pour celui qui ne fait jamais la fête ici. Comme si c'était une tare. Ici, il faut dépenser 100$ par soir pour être "in". Il faut accessoirement aussi avoir un père actionnaire, notaire, médecin, ingénieur, avocat ou banquier, avoir une CB bien fournie. Ce n'est pas forcément mon cas et mon cordon ombilical, avant d'être coupé était normal, non-enveloppé de feuilles d'or volées au salariat. Travailler une journée pour dilapider tous ses dollars dans la vinasse n'est pas vraiment mon leitmotiv.

Ainsi, voilà comment se déroulent les journées ici : les matinées commencent à midi pour beaucoup, après la fête de tous les soirs qui s'étire jusqu'à 5h du matin. D'autres, qui doivent parfois travailler, cherchent le sommeil. Les ventres remplis de bière et les yeux pochés de mauvaise grappe larvent dans leurs matelas jusqu'à 14h ou 15h. Puis, vers 18h, ils retournent au magasin d'alcool (Bottle Shop) racheter un nouveau cubis de vin. Parfois, je me fais réveiller par mon voisin allemand qui, complètement raide, met la chambre sans dessus dessous. Mais ce n'est pas grave, je préfère ça à l'italien qui dort en dessous de moi, qui ronfle comme si une moissonneuse batteuse battait son plein et qui dégage de ses fringues une odeur plus qu'insupportable de pieds. Ce n'est pas le pied. De mon piédestal je descends, et je monte sur le toit pour gratter ma guitare avec mes camarades français. Je donne même des petits cours tout en jouant. Mais lorsque 18h arrive, la tablée se trouve envahie pour une nouvelle soirée de mauvais rang, ainsi toujours la même rengaine. Ils dégainent musique techno et dance à fond les bafles, rires exubérants...je suis dans mon élément comme le chat dans une baignoire pleine d'eau. C'est ça, la côte Est australienne, surtout en ville : des beaufs fils à papa, limite adolescents, qui viennent claquer des p'tits sous dans les lieux de fête. Dépenser ce qu'ils ont gagné en 4h ou 5h de travail ne m'intéresse pas. Voici les nouvelles générations aux pulsions consuméristes, pantins du capitalisme effréné. Je n'ai rien contre les fêtards, j'aime à mon tour joindre les beuveries qui n'en finissent pas, je suis parfois même l'un des derniers à me couler sous les draps, ivrogne insatiable au gosier intarrissable, pas plus intelligent que ces allemands saoûls. Mais leur fête respire l'étalage d'argent, de petits jeunes dont l'avenir est tout tracé, tout droit bien douillé jusqu'à la maison de retraite. Cadres, ingénieurs ou bien futurs directeurs, managers ou bien experts, ils auront après leurs études une situation confortable, et tant mieux pour eux. Ici, boire est un concours entre jeunes, comme les concours à l'américaine où le gagnant est celui qui ingurgite le plus rapidement son litre de bière.

C'est donc ça Sydney ? Se rencontrer entre européens comme des colons faisant de l'Australie un paillasson, boire de la piquette et se vanter le lendemain d'avoir mal au crâne. Cuver une cuite devient une fierté, un palmarès personnel d'un concours miteux. Travailler une semaine histoire de dire à Papa qu'on se sert du Working Holiday Visa, et puis demander du cash en Allemagne ou en France en prétextant qu'il n'y a pas de travail ici. J'exagère un petit peu. Mais certains jeunes d'entre-eux viennent à Sydney pour 6 mois ou pour même un an et n'auront connu de l'Australie que les soirées alcoolisées des backpackers, des discothèques ou des pubs. "Qu'est-ce que tu veux faire plus tard après la fac ou ton école privée à 4000€ le semestre?" La réponse pourrait presque être "Moi je veux être chef". Accumuler, dominer, diriger est le modèle numéro 1 de cette Société pathologique.

Les jours passent et se ressemblent. Mais paradoxalement, j'y reste car les autres auberges de Sydney sont plus chères, plus grandes, des vraies industries du voyageur en quête de fausse liberté, codes à barres et sigles du dollar sur le crâne. Le business du voyage où chaque hôte de passage est un client qui doit cracher un max de tunes, il n'y a du respect pour l'humain que s'il paye. Vivement que je me trouve un appart' en colocation ! Mais c'est une autre paire de manches : j'ai déjà visité 3 ou 4 appartements, mais ce qu'ils appellent chambre à louer est souvent un lit derrière le canapé dans le salon, ou bien une cage à lapin en pré-farbiqué au fond du jardin pour 150$/semaine. Je peux trouver mieux. Mais le temps avance, je m'envole pour Bangkok le 15-16 janvier donc il se peut qu'au final, je reste en auberge.


Publié à 14:26, le 2/12/2012, Sydney
Mots clefs :
.. Lien


{ Page précédente } { Page 9 sur 47 } { Page suivante }

Qui suis-je ?

Accueil
Qui suis-je ?
Mon itinéraire
Livre d'or
Archives
Amis
Album photos

Mes albums

Où suis-je actuellement ?



Rubriques


Derniers articles

Avril-Juin 2013 à Avalon Beach
Retour en Australie : Sydney again.
Voyage en Thaïlande ! 16 janvier - 8 février
Cherry picking !
Tasmanie !

Sites favoris


Amis