Voyage en terre australe

Working in Maroubra Beach (Sydney)

Une semaine et demie que je turbine en cuisine. Je commence à m'y faire difficilement. Il faut outrepasser des contradictions qui me prennent la tête : des ordres contradictoires, des méthodes différentes, une cadence trop rapide. Je ne sais toujours pas trop quoi penser de ce job. Je suis en double période d'essai : "professionnelle", si je ne prends pas de vitesse au travail, ils me virent car il doit y avoir des tonnes de backpackers prêts à prendre ma place. Je fais ce que je peux mais ce n'est pas encore ça. Et puis période d'essai "mentale" aussi, car je ne sais toujours pas si je vais tenir. Je suis au bord de l'énervement chaque jour. Je reçois des directives, des ordres autant que des conseils tous contradictoires de la part des cuisiniers selon leurs différentes manières de travailler. Fais comme ça. Non, tu devrais faire ça. Fais plutôt ci. Ce n'est pas bon, fais cela. Je deviens fou.

Petit exemple tout bête : déjà stressé par la cadence qui me rend débile, je devais traiter une livraison avec un collègue, chef cuisinier de métier en Estonie, et aide-cuisinier comme moi en Australie. Je prends un carton de champignons à stocker au réfrigérateur. Carton dans les bras, je m'apprête à aller le ranger et il me dit "non, regarde il y a un bac par terre." Je comprends que je dois verser le carton dans le bac en plastique, sinon quel intérêt qu'il me parle à ce moment-là de ce p***** de bac? Je commence donc à verser les champignons...Ce après quoi il me dit "qu'est-ce que tu es en train de faire Sam ?! On utilise pas ces bacs pour les légumes, mais pour les liquides, tu devrais le savoir maintenant." Serrage de poings, de dents...on reste calme ! Il a du en manger des champignons lui, en tout cas! Quelques minutes plus tard, un cuisinier me demande de préparer des plateaux de poisson, de finir la plonge, et de nettoyer les sols du sous-sol. Le tout en 30 minutes avant la fin de mon service... Je commence à nettoyer le sol ce qui est censé prendre le moins de temps. L'un me dit d'utiliser la serpillère et le détergeant. L'autre me dit que je n'en ai pas besoin. En partant vers 16h, un chef cuisinier qui assure le service du soir arrive et commence à travailler : il me regarde et me dit : "Cela t'arrives de nettoyer le plan de travail de la cuisine ?" Je suis sûr que si je l'avais fait, mon chef-cuisto du midi m'aurait dit qu'il y a d'autres choses plus urgentes à faire. Mais je les comprends à la limite. Et puis hormis ce connard arrogant que je pense remettre à sa place à la prochaine réflexion s'il me prend de haut en dehors de mon service, les cuisiniers sont sympas et amicaux malgré tout. Il faut avouer que je n'ai pas non plus la rigueur d'un chef cuisto, encore moins les compétences alors je suis surveillé de près.

Moi aussi j'aime bien que ça aille vite au boulot sinon, autant rester chez soi si c'est pour se prélasser ou traîner les pieds. A leur place, je serai aussi sur les nerfs, peut-être même serai-je bien pire.

Résumons : une patronne colérique et lunatique, des chefs cuisiniers incohérents entre-eux, des commis de cuisine qui se prennent pour des chefs. J'aime pas les patrons, j'aime pas non plus les employés qui veulent dominer en se prenant pour des chefs. Il faut croire que ça fait bander les hommes d'avoir du pouvoir sur un autre. J'aime pas obéir aux ordres, j'aime pas être pris pour un abruti qui ne sait rien faire. J'aime pas le travail, ses hiérarchies m'exaspèrent et je hais sa rigueur militaire au plus profond de mes viscères. Parfois, j'aimerais leur foutre mon tablier à la figure et leur dire : "Nettoies-les toi-même ces sceaux plein de graisse, je ne suis pas ton esclave et je t'emmerde, je ne suis pas là pour être comme toi, mais pour continuer le voyage, je connais mes compétences dans un autre domaine". J'aimerais leur expliquer que dans mon pays, leur cuisine serait trop grasse, trop salée, sans saveur aucune, une mauvaise gargote pour des gloutons en gavage à nourriture industrielle empaquetée aux OGM.

Mais ce serait prétentieux, arrogant et ce serait renoncer à 600$/semaine qu'il me faut avant l'Asie.

6h peuvent nous rendre vraiment débile, je vois vraiment le côté ingrât de la restauration. Le tout sous le son de la patronne aigrie qui vocifère ses directives autoritaires... Je suis dans mon élément comme une souris courant dans une roue ! Cette patronne, une colérique, est surexcitée comme si une météorite allait s'écrouler sur son beau restaurant, elle n'en finit pas d'admonester son personnel, et sans gênes devant les clients...si j'étais chef, patron, j'aurais honte d'emmerder à ce point ceux qui triment pour moi. C'est là que je me dis que la langue française est plutôt bien faite : le mot "patron" rime hélas trop souvent avec "sale con" ou "exploitation", et "patronne" avec "sale conne" et non avec "sympathique" ou "agréable". Passons sans généralisations... Voilà pourquoi je suis partagé, balloté dans des humeurs vagabondes : une expérience enrichissante car j'étends mon expérience en restauration, et en même temps c'est un univers éxécrable, du travail peu qualifié déshumanisant, excusez du pléonasme.

Pour s'apaiser l'esprit, voici quelques photos prises de l'autre côté du bâtiment, je suis en voyage malgré tout... :

En tenue de combat ! Chapeau, tablier, pantalon noir qu'on ne voit pas et sabots spéciaux pour cuisine. Quel accoutrement...payé à mes frais, que je peux me faire rembourser par l'Etat à mon départ d'Australie.

Parc à côté de Sydney Central, la gare, en cherchant une colocation.

Vendredi 23 Novembre : Je me rends comme d'habitude à Maroubra beach pour 10h. Dans le bus stoppé au feu rouge, j'aperçois un sac Mc Donald's laissé dans le caniveau, comme s'il n'y avait aucune poubelle publique dans Sydney. Je vois un oiseau pénétrer à l'intérieur du sac, sans doute pour se nourrir. Le pauvre, il aurait pu choisir une meilleure poubelle mais il ne sait pas à quel point l'Humain peut ingurgiter des produits toxiques néfastes pour la santé. Je me dis "pauvre oiseau, pas sur qu'il se régale!". Et là, le feu passe au vert et un énorme camion roule à pleine accélération sur le sac... Je ne crois pas que le petit oiseau ait eu le temps de sortir. Comme quoi, les multinationales agroalimentaires sont réellement des marchands de mort.

C'est après ce macabre spectacle que je m'en vais laver mes assiettes. Et j'apprends que je travaille aussi samedi, demain. Cool, c'est payé $27/h le samedi. Le lendemain, j'arrive comme convenu à 11h du matin. Et là, la patronne commence par me gueuler dessus en disant que je ne comprends rien. Ca commence bien. Même à $30/h, même à $60/h si cela existait, je ne tolère pas qu'on puisse emmerder les gens comme elle le fait. Et là, à midi, lorsque je lui demande à quelle heure je finis, elle m'informe que je terminerai à 22h ou 23h ! La bougresse, elle ne m'aurait rien dit si je n'avais rien demandé. C'est bon pour la petite monnaie tout ça, ça fait une journée à $300 mais je l'ai sentie passer. 12h à faire la plonge presque en continu car je n'ai eu qu'une pause de 30 minutes à 14h, puis une autre de 15 minutes seulement à 19h. A un moment de la journée, peut-être vers 14h en plein rush, la vaisselle de cuisine et du restaurant s'accumulait, j'en avais de tous les côtés. Elle me pousse littéralement du lave-vaisselle et me dit : "je vais la faire cette vaisselle puisque tu ne veux pas faire le moindre progès". Elle prend une assiette, la met dans un des bacs en plastique prévus pour le lavage et s'en va marmonner ailleurs. Non mais quelle connasse !!! C'est pas possible, j'ai jamais vu ça.

Vers 22h, nous avions finis de nettoyer la cuisine, tout bien ranger, nickel. On ferme les portes, je me dis que j'ai enfin fini ma journée. Et bien non, on me demande de refaire la plonge à la cuisine de l'étage supérieur ! Je retrouve des montagnes d'assiettes et de tasses à enfourner dans le lave-vaisselle, à côté des chefs cuisiniers qui préparent leurs mixture pour le lendemain, tandis que la grosse barrique autoritaire qui dirige son équipe d'une main de fer est assise, graisse débordante de la chaise, en train de s'empiffrer comme une grosse vache de gâteaux plein d'huile et de graisses. Avachie sur sa chaise, alors qu'on a tous déjà 11h de labeur dans les pattes, elle continue de sermoner ses ordres. Je n'en peux plus. Il est 22h50, j'abandonne. 12h de plonge non-stop à se faire gueuler dessus comme un sale esclave de négrier, plus jamais ça ! Je suis super bien payé normalement mais l'argent ne permet pas de s'affranchir du respect. Même si on me paye 1000$ par jour, je serai évidemment content mais je trouve insupportable et dégradant de se faire engueuler pour rien sans rien pouvoir répliquer (si je réplique, d'autant que je ne suis pas diplomate quand je suis énervé, je suis viré).

Je viens pour lui flanquer mon tablier dans la tronche. Non je n'ai pas osé cela, je garde ce plaisir pour plus tard, lorsque je lui aurai soutiré un peu plus de pognon. Je viens lui dire que j'arrête car je risque de rater mon bus pour rentrer à Kings Cross. Je m'en vais pointer : 10h55-23h. Un record. Je crois vraiment que d'ici 1 à 2 semaines je chercherai un autre job sinon je vais péter un câble et finir mon voyage en Australie sur un mauvais souvenir.


Publié à 02:24, le 27/11/2012, Sydney
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