Voyage en terre australe

Chercher du travail à Sydney...

Ohh facile ! Du travail ! Il y en a en bas de ta porte ! Et oui, je crèche à Kings Cross, dans le quartier de la prostitution. Il n'y a qu'à se baisser...Je plaisante. Dans mon backpackers, il y  a des asiatiques payés 10$ de l'heure pour astiquer les assiettes. Il y a des européens qui plongent pour 14$ ou 15$ de l'heure. Il y en a d'autres qui font la fine gueule (pour de la restauration, c'est plutôt mélioratif une fine bouche) et qui cherchent du 18$ ou 19$. Ohhh les gourmands...Du coup, ils restent 2 semaines, parfois 3 à attendre de trouver le bon employeur qui leur "offrira" un salaire décent. Et puis vient le moment où le compte en banque vire au rouge (salops de communistes) et deviennent obligés de se vêtir d'une cape d'esclave en allant vendre leur carcasse à un salaire de misère.

A Sydney, il y a du travail. En restauration principalement. Mais aussi dans l'hôtellerie, ils vont refaire les lits et nettoyer les poils de culs des touristes dans les douches. Ceux qui ont la langue bien pendue jonglant avec une bonne gamme de vocabulaire anglais, vont pouvoir aller vendre. Vendre quoi? Des pots de yahourt, des assurances-vie, des droits de succession, des portes-clés? Qu'importe, vendre pour rapporter des dollars aux entreprises. Mais au moins, ça rapporte dans les grandes villes. Ils embobineront le client en l'achalandant avec la promesses de produits révolutionnaires qui le ruineront, mais ils seront récompensés par leur direction d'avoir fait du bon business. Il n'y a que ça qui compte partout dans ce monde riche de nos jours, la vente en portes-à-portes ou sur les plateaux de télévente. Ou bien des petits jobs de sous-main, sous-main du capital et du patronat. Malheur au romantique du travail qui souhaite vivre de ce qu'il aime faire. L'argent passe avant les compétences et la connaissance, il faut beaucoup d'argent. Il faut surtout en faire beaucoup et toujours plus, c'est l'idéologie du siècle : la vie de chaque être humain, de chaque backpacker en Australie est rythmée par l'argent, par le comptage des p'tits sous qu'on dépense trop vite.

Travailler à Sydney, donc ? Bon je redeviens sérieux. Je fais un paragraphe à propos du boulot à Sydney car il y a des mythes à déconstruire. On dit que pour un backpacker en Working Holiday Visa, il est aisé de faire fortune en Australie. Ne pas chercher à Sydney. Allez plutôt dans le Nord du pays-continent.

Alors après avoir chopé un plan de la ville le premier jour, on part imprimer 10, 20, 50 CV (resumes). On arpente le trottoir dans les coins les plus fréquentés. C'est en quelque sorte faire le tapin car on demande des postes sous-qualifiés. Qualification officielle pour signifier esclave d'entreprises. Aide de cuisine, plongeur, servant de maison ou d'hôtel, baby-sitter, ramasseur de fruits...C'est facile de trouver du boulot à Sydney si l'on parvient à émarger de sa tête le salaire ainsi que l'environnement de travail. Je n'ai plus aucun CV dans ma besace. Et, avec sagacité pour ne pas vexer par une réponse négative trop brutale, l'on me rétorque : "We give you a call if we are in need". "On vous appelle si on a besoin". Ok, donc vous ne m'appellerez pas. Ici, s'il y a besoin, le boss propose d'emblée de venir faire un essai de quelques heures le jour même ou bien il plannifie un entretien. A Sydney, souvent, il s'agit d'un essai de deux ou trois heures, gracieusement données par l'esclave, non payées. Le backpacker est une sorte d'esclave : il est sous-rémunéré, il le sait parfois, mais il est quand-même content de cette situation et en redemande. Car il cherche de l'argent, soit pour voyager, soit pour économiser et revenir blindé (ou pas) dans son pays.

Dès que la question du salaire entre en scène, les grincements de dents se font entendre. Le salaire minimum australien est de 15$/h, en dessous, on travaille presque gratuitement vu le coût de la vie. A 40h travaillées par semaine, on fait donc en moyenne 600$/semaine. Mais les postes à temps plein "offrant" 40h sont rares, bien souvent, c'est entre 25h et 30h (380-450$ bruts). Or les besoins primaires (manger, dormir, se déplacer) coûtent allègrement 250$ à 300$ la semaine. Mon éducation m'a inculqué à veiller à ne pas me faire exploiter, à conserver une certaine estime de moi-même pour ne pas me vendre bassement au moindre quidam. Ensuite, ma famille m'a appris à toujours respecter mon prochain. J'aime donc que l'on me respecte pour ce que je sais faire ou ce que je suis. Personnellement, je commence donc à vendre ma sueur et ma force de travail à partir de 18$/h. Je dois sans doute être, moi aussi, un de ces gourmets au cul dodu, trempeur de moustaches dans des soupes de caviar, qui demandent du bon grain. Vous savez, cette frange insatiable de la classe des travailleurs qui demande du 18$-20$/h et qui génère de l'inflation, bête noire des néolibéraux...Ah! L'inflation augmente ! Vite ! Baissons les salaires ! Bref.

Les employeurs néolibéraux (pardon du pléonasme) sont d'idéalistes utopiques : plus ils sont grands, moins ils ont de frontières! Génial! Et les petits font fructifier leurs petites entreprises sans se soucier du salaire. C'est vrai quoi! Dans ce monde capitaliste où le billet vert est Dieu, pourquoi toujours ramener les choses à l'argent ? On a pas besoin de ce putain de pognon. La monnaie est un instrument d'échange. Comme un musicien ou un saltimbanque, le capitaliste échange du bonheur. Puisque l'argent ne fait pas le bonheur ici-bas, un sourire suffit. Et bien les employeurs anarchistes de Sydney échangent du sourire en échange d'un travail, sympas les mecs ! Et comme nous vivons un monde où l'argent n'est pas nécessaire, ils vont à coups sûrs rencontrer des backpackers beatniks ou hippies qui partageront leur vision socialiste de bisounours utopiques. Hum...Pas moi. Dans ce pays où chaque mouvement coûte un bras, j'ai besoin d'argent, quand bien-même soit-il destiné à revenir aux banques. Je suis un capitaliste qui réclame des p'tits sous en échange du lavage d'assiettes. Et les patrons sont socialistes révolutionnaires. Euh...permettez à ma plume virtuelle qui glisse sur ce clavier d'avoir des doutes.

C'est beau une année de Working Visa (j'oublierais presque le Holiday) : on part des rêves plein la tête, des images de désert rouge et de plages au sable fin qui se glissent subrepticement au milieu des excitations du voyage, la liberté à bout de 22h d'avion. Photographier des kangourous, des dingos, des koalas, des émus. Faire du 4x4 dans la jungle, traverser les déserts rouge-orange au pied des Kimberley dans l'Australie Occidentale, descendre la Grande Barrière de Corail, gratter de l'objectif les grattes-ciels de Perth ou de Melbourne ou piétiner les parcs de Sydney et mitrailler son opéra, ou bien se prélasser sur une plage tropicale avant d'arpenter les Blues Mountains, l'Uluru et repartir pour la Great Ocean Road vers Adélaïde. Le rêve ! Quel voyage palpitant ! Oui mais voilà, une fois sur place, on se rend compte que chaque excursion coûtera 400$ voire plus, ou bien ces immenses distances nécessiteront une voiture, c'est à dire des réparations à faire, du pétrole...beauoup de pétrole...donc beaucoup d'argent même si, soit dit en passant, le pétrole, en parité de pouvoir d'achat, est beaucoup moins cher en Australie qu'en France. On commence à faire l'impasse sur des sites touristiques, on se résigne à penser que l'Australie est trop grande. No worries mate, you gonna enjoy it anyway!

Ouais, mais le coeur de ma critique du jour, est qu'au final, le visa qu'on nous vend est une duperie sur la marchandise. Sur un an, on passe plus de temps à travailler qu'à voyager. Et on se doit d'accepter des jobs merdiques, parfois sous-payés. Je dis bien parfois, car personnellement, j'ai été bien lotti dans le Territoire du Nord. A la limite, pourquoi pas. Passer un an à travailler en Australie entre 18$ et 20$ est toujours mieux que de vivre au RSA dans un pays où même en envoyant 300 candidatures, on pointe encore et toujours à Pôle Emploi. Mais que l'on ne vende pas ce visa à 270$ comme étant une opportunité de prendre des vacances de rêve. A moins d'avoir une bonne réserve de 10-15000 euros chez papa ou maman, avec des prêts à taux 0% et sans remboursements.

Oups il est déjà 9h du matin, je suis dans le pays de la liberté, il faut donc aller l'acheter. J'ai encore quelques CV à donner dans des ruelles où je ne suis pas allé. Ou bien je peux aller prendre ma veste de laveur d'assiettes à Bondi Beach là où j'ai raté mon service d'essai en raison d'un état grippal le weekend dernier. Mais ça ne vend plus de rêve après 8 mois passés en Australie, j'en ai plein l'assiette, ma coupe est pleine et mes sourires donnés aux patrons sont moins sincères, moins naturels ! Sinon, j'attends toujours les appels de la semaine passée du quartier adjacent. Je pourrais encore attendre ceux de Broome, de Darwin, de Cairns et de Brisbane. Tiens, je viens de recevoir une réponse par mail d'une candidature que j'ai faite pour être rédacteur il y a un an, fin 2011 à Marseille...rapide, le processus de recrutement en France parfois. Super...ai-je tellement d'expérience et d'importance, et mes compétences ont-elles tant de valeur ajoutée qu'ils ont mis 1 an à se demander s'ils me répondaient ou non ? Ouahou! Je suis flatté ! Ou alors, la secrétaire ou l'assistante de direction s'emmerdait entre deux cafés, et fouillait la boîte mail de la boîte...ou par un excès de zèle, a décidé de mettre de l'ordre dans les archives...et par un revers de main, est tombée sur mon CV dans le classeur "candidatures 2011 non-acceptées", d'où par élan de bonté, elle a décidé de m'adresser cet e-mail de refus. Je ne saurai pas!

Patience donc, j'aurai peut-être un bon job en Australie d'ici l'été austral 2013 !


Publié à 08:35, le 12/11/2012, Sydney
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