Voyage en terre australe

Avril-Juin 2013 à Avalon Beach

Oups ! Voilà que le dernier article de ce blog date d'il y a quatre mois. Comme un vieux tiroir poussiéreux qu'on réouvre après des années d'abandon, on retrouve des choses délaissées par le Temps. Je profite donc d'être en Thaïlande sur un réseau rapide et gratuit d'un bungalow pour refaire un tour et écrire sur mon blog de voyage que j'avais délaissé.

J'ai passé trois mois d'avril à fin juin à travailler, buller et découvrir. Du 14 Mars au 15 Juin, j'ai travaillé à faire la plonge dans le même restaurant en banlieue nord de Sydney, sur la péninsule de Pittwater à Palm Beach. J'y ai fait des rencontres, des apprentissages, des erreurs grosses comme moi (ça va, je ne suis pas si gros), des coups de gueules, des instants de bonheur. J'étais surtout content de m'absenter un peu de cet endroit lorsque le 2 juillet, je me suis envolé pour l'Asie du Sud-Est.

En tant que plongeur, je n'ai rien à raconter de spécial hormis le fait que je travaillais dans une cuisine remplie d'hypocrites, de faux-culs, d'un australien raciste, d'un patron complètement autiste pour servir des riches exigeant des repas gastronomiques aux prix astronomiques concoctés avec de piètres recettes et de la bouffe industrielle médiocre voire périmée (mais qu'on sert quand-même, "parce que ça coûte cher"). J'oubliais presque d'évoquer mon collègue chilien qui m'a bouffé la rate pendant au moins deux mois. Je ne m'entendais pas avec ce mec avec qui je faisais la plonge, il tentait de faire plus d'heures que moi en se roulant les pouces pendant que j'accélerais la cadence pour rattraper son retard. Même une limace aurait pu le prendre de vitesse. Il était fourbe, manipulateur et vicieux...à un tel point que j'ai fini par sortir de mes gonds. Un jour de juin, un vendredi, j'ai choisi de serrer les poings et les dents au lieu de lui coller mon poing fébrile dans sa gueule débile pour une querelle futile sur les horaires de travail. Le lendemain, (alors que j'avais hélas fait une nuit blanche due au départ de l'auberge d'un ami), j'ai eu l'outrecuidance de dire au patron que je n'arrivais pas à trouver de bons arrangements pour travailler équitablement avec mon collègue. Le lendemain, il me faisait venir à 7h30 au boulot sans m'annoncer que j'étais viré. J'ai perdu deux semaines de salaire, mais j'étais pour le coup soulagé de ne plus bosser avec et pour ces cons. Enfin...j'y ai tout-de-même croisé quelques têtes sympas.

C'est alors que j'envisageais de partir 5 semaines en Asie avant de retourner mi-Août en France. Je m'attendais à quitter l'Australie pour de bon cette fois-ci. En avril, j'ai rempli un dossier et envoyé une demande d'inscription en Master 1 FLE, enseignement du Français comme Langue Non Maternelle. Le projet était de travailler au Japon ou dans les pays du Commonwealth pour enseigner le français. J'ai été refusé par plusieurs universités car ma licence n'est pas compatible.



Publié à 12:24, le 15/07/2013, Avalon Beach
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Retour en Australie : Sydney again.

26 Février : Après ces journées horribles, infernales et stressantes de chiling (farniente) sur le sable ou dans les hamacs, c'est le moment de prendre le bâteau, de quitter la plage de rêve de San Juan, sur Suiquijor pour Dumaguete, sur l'île de Negros aux Philippines. Le 27 février à l'aurore, je m'envole pour Manille. Dernière soirée entre frangins à Dumaguete, puis c'est le retour vers l'Océanie. Je devrai me trouver un job très rapidement à Sydney, car je suis complètement fauché. Des salaires que je pensais recevoir, ne sont pas arrivés. Je passerai la nuit à l'aéroport de Clark pour attendre mon vol vers Singapour. Puis, je passerai la journée à l'aéroport de Singapour le 28 pour attendre mon vol vers Sydney, la nuit du 1er Mars. Arrivée sous la pluie à Sydney le 1er Mars vers 15h, après un vol flippant : turbulences et trous d'airs impressionnants en passant les orages et ouragans tropicaux de l'Indonésie ou du nord de l'Australie.

Branle-bas de combat pour trouver une auberge en arrivant, c'est le weekend du Mardi Gras (Gay pride) et toutes les auberges sont blindées, fully booked. Je me pose finalement le lendemain dans la même auberge où j'étais en décembre, et je retrouve quelques têtes familières qui sont encore ici. Je passe pas moins d'une semaine et demie à essaimer les rues pour déposer des CV dans les cafés, les bistrots, les hôtels, les restaurants et à répondre à des offres sur gumtree.com.au en désespoir de cause. Pour résumer l'esprit du moment, j'ai $50 pour me nourrir dans la semaine et à peine de quoi payer mon logement.

Je ne veux plus travailler dans les cuisines actives remplies de testostérone versée par soucis de rentabilité, dans les vociférations des chefs et le bruit des marmites mais c'est le plus facile à trouver : les restaurants sont nombreux et c'est là que j'ai un peu d'expérience donc je suis en quelque sorte esclave de mon propre CV. Je voudrais tenter serveur, mais je n'ai pas les moyens de payer le RSA pour le moment. La législation australienne est très stricte sur la vente d'alcool, il faut passer/payer un certificat. Je voudrais tenter Barista, mais il me faut trouver quelqu'un qui m'offre la formation, où bien à qui payer l'entraînement. Il y a aussi le fruit-picking, mais je suis à la dèche, donc bloqué à Sydney ! Et si je n'ai pas de job avant mi-mars, c'est retour en France sur de l'argent emprunté. Une galère qui n'arrive pas aux backpackers allemands et/ou anglais !!

Et puis je trouve un job de long terme le 14 mars, avec commencement immédiat, à Palm Beach, 50 km au nord de la City de Sydney. Le jour où je devais envisager un retour en France, billet emprunté. C'est dire si c'était in-extrémis ! Un job qui fait soulagement, et qui met fin à 15 jours de galère stressante :).

On me donne rendez-vous jeudi 14 mars à 12h. Le trajet est long, 2h de bus, de la City au restaurant, c'est pénible si je dois faire ça tous les jours. "Anyway!". Je pensais venir pour une interview ou un court essai. Le kitchen-hand, un voyageur allemend, déjà en place me fait le briefing sur le job et l'environnement, où ranger tel ou tel ustensile, etc. Finalement, je finirai à 21h30, soit 9h de plonge dès le premier jour !

6h à 9h de plonge par jour, 5-6 jours sur 7, repos le lundi, mais ça me fait des sous. Et si je ne pète pas un câble, je peux travailler là jusqu'au mois de Juillet ou Août. Ah oui, j'oubliais. Je dois aussi accessoirement renouveler mon visa qui expire jeudi prochain, le 21 mars. Je suis chanceux : c'est la meilleure ambiance en cuisine que j'ai jamais eue en Australie, la cuisine est bien aménagée, facile pour travailler, l'équipe est cool et le salaire est top : AU$ 21/h en semaine, et plus le weekend. Mes deux premiers jours, j'enchaîne le service du midi avec le soir, ce qui totalise 18h en deux jours.

C'est le weekend que c'est le pire : le samedi, ils font plus de 150 couverts, près de 200 le dimanche. Et en plus d'enfourner les assiettes et les plats dans le lave-vaisselle, il faut laver à la main casseroles et poêles en inox. On doit les laver, les astiquer et les rendre comme neuves. Autant dire qu'il faut frotter ! Cela promet d'être rébarbatif et prénible sur le long terme. En tout cas, le cadre est plutôt sympa, c'est un grand restaurant (gastronomique, plus de AU$ 100 le menu) au bout d'une péninsule, au bord d'une grande plage déserte de sable fin. Mais je n'ai "qu'une demi-heure" par jour pour en profiter lors des pauses ! J'ai fait hier mon premier service du samedi (16 mars) et comme on m'avait prévenu, c'était le gros rush. Le samedi soir est le jour des mariages, des évènements "spéciaux" alors ça ramène des bouches à nourrir et à soigner! 130 assiettes qui arrivent d'un coup à chaque étape du repas (entrée, puis plat, puis dessert sans compter ceux qui en reprennent, soit plus de 400 assiettes), ça fait 3 gros coups de speed à gérer. Puis les verres... 7h de plonge non-stop à écouter de la Dance, de la mauvaise Pop anglo-saxonne à pleines décibels, c'est tout un chantier.

Et puis vient le fameux Gangnam Style, l'incontournable de la sous-culture contemporaine qui plait à tout le monde !

C'est la fin de mon service, je ne l'ai pas vu passer ce soir. Je n'en suis pas encore à prendre goût à ce rôle de plongeur, larbin d'arrière-cuisine, mais je suis satisfait car je suis bien mieux ici que dans les gargottes pressurisées et étriquées suintant la sueur où l'on épuise son huile de coudes pour un salaire de misère (15-16$/h bruts en temps partiel dans la City de Sydney, c'est un salaire d'exploitation). La semaine prochaine, je déménage dans une auberge à Avalon Beach, plus proche et près de l'océan, ce sera un cadre autrement plus calme que la suractive Kings Cross, ses bars à putes, ces gros procs de maquereaux qui pêchent le client en manque de sexe pour $200 la passe, ses alcooliques et ses foules de beaufs faisant briller les paillettes pour épater les dindes bardées de cosmétiques à l'huile de palme ! Kings Cross à Sydney, c'est la Khao San Rd de Bangkok mais en mode paillettes, porsche lustrée et complet-veston rayé !



Publié à 16:36, le 17/03/2013, Sydney
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Voyage en Thaïlande ! 16 janvier - 8 février

Mardi 15 janvier, c'est le grand jour. Je laisse ma guitare à l'auberge, comme j'y reviens dans six semaines. Je pars les vagues à l'âme de quitter mes collègues anglais, japonais ou coréens du fruitpicking que je ne reverrai jamais pour nombre d'entre-eux.

Mon avion pour la Gold Coast est à 15h15, mais je reçois un sms de la compagnie pour me prévenir qu'il y aura un retard. Au final, l'avion sera annulé mais j'arriverai quand-même à Gold Coast avec escale à Melbourne, pour y passer la nuit avant mon vol vers l'Asie le lendemain, en 16.

Ca y'est, demain soir, je suis à Bangkok !! 8h de vol de Gold Coast à Singapour, et 2h de vol de Singapour à Bangkok et me voilà en Thaïlande, direction la Khao San Road, quartier des guest-houses pas chères. Mais c'est aussi une rue de fêtes, de bars, de clubs donc bruyante. C'est le gros bordel à l'arrivée à l'aéroport. Tout le monde me saute dessus pour que je réserve un taxi, un hôtel hors de prix, une escapade touristique pour européens blindés de pognon...je me faufile dans la foule pour sortir fumer après 10h d'avion : il est 20h, il fait déjà nuit et il fait encore 30°C. Je sais que l'on peut rejoindre la ville en bus pour pas cher, mais je préfère l'option taxi qui me dépose juste devant la rue pour chercher une guest-house. Car en bus, il faut faire plusieurs changements, je suis crevé et je n'ai pas envie de galérer à changer de bus deux ou trois fois. J'opte pour le taxi mais ça me coûte 400 bahts. 1 AU$ = 29 THB à l'aéroport. J'aurais 1 AU$ = 30.7 THB en ville le lendemain.

Me voilà au Temple des backpackers : soleil, chaleur, vie pas chère. J'y reste en attendant mon frère et ma soeur qui arrivent dimanche 20, et puis finalement, un pote français d'Alès rencontré à Katherine arrive aussi à Bangkok jeudi 17. Donc ce sera une bonne occasion de se retrouver après l'Australie. Voici quelques photos :

Coucher de soleil sur Melbourne, mon dernier en Australie !

Mercredi 16 jusqu'au vendredi, je me prends une guest-house dans la Khao San Rd. Je pose mon sac dans une chambre simple avec un vrai lit, un luxe pour un backpacker revenant d'Australie. Mais le quartier est bruyant : la rue est blindée de touristes. Des boutiques, des marchés, des stands qui vendent des assiettes de noodles, de grillades et de fruits pour 40 bahts (1€), de la musique occidentale commerciale à fond les décibels juste pour faire plaisir aux occidentaux...ma chambre est à côté des enceintes, ça tremble même. Mais j'arriverais quand-même à dormir finalement. Dans la rue, toutes les deux secondes, un mec nous accoste pour vendre des costars ou bien pour faire un tour en touk-touk : "Where you go" disent-ils. C'est l'endroit des attrapes-nigaud et des arnaques mais au moins c'est facile quand on veut faire un truc. Des call girl qui aguichent les clients à la terrasse, des lady-boys, des Blancs marchant main dans la main avec des jeunes thaï superbes...un autre monde.

Petit résumé du parcours : Bangkok-Chiang Maï-Bangkok-Surat Thani-Koh Phangan-Chumphon-Bangkok.

Khao San Rd est l'endroit de Bangkok où j'ai passé le plus de temps. Ce n'est pas représentatif de Bangkok, mais c'est un lieu si étrange, tant de mélange n'est pas si déplaisant. Les touristes blancs, les bars et clubs, les échoppes de noodles mélangées aux stands de fringues, les vendeurs de costars qui alpaguent les touristes, les tatoueurs, ou bien les prostituées et lady-boys, sous le son de la techno qui sonne à fond toute la journée, les chauffeurs de tuk-tuk qui insistent pour une course polluée dans Bangkok...Quel endroit ! C'est à faire, mais ne pas y rester trop longtemps pour ne pas se transformer en "pharang" (touriste, en sens péjoratif) !

          (Monument de la Démocratie, Bangkok. De la même manière que le sens des mots est souvent inversé, l'encre ne refuse pas le papier!)

Un énième Wat (Temple) visité à Chiang Maï.

  Bungalows loués pour 10€ à trois au bord d'une rivière paisible, à Pai, petit village perché dans les montagnes au nord de Chiang Maï. Nous sommes à "deux" pas de la Birmanie. Dommage que le temps nous manque! Il est temps de prendre la route vers Bangkok, nous décidons de passer la dernière semaine sur l'île de Koh Phangan. C'est parti pour 12h de bus vers Bangkok, puis à nouveau 10h de bus pour Surat Thani, puis 3h ou 4h de bâteau. Direction le paradis :).

Village d'Hat Rin, leu de fête où se déroule la Full-Moon Party ainsi que la Half-Moon Party. Nous arrivons entre les deux, le village cuve visiblement les trop pleins de la Full-Moon, c'est désert et l'ambiance est glauque. Les thailandais du village font la grise mine lorsqu'ils nous voient, c'est très différent d'ailleurs où ils ont tous le sourire. C'est sans doute, en déduisons-nous, qu'ici, les Blancs ne sont pas les meilleurs touristes, ne doivent pas avoir les meilleurs comportements du monde envers la population locale. En gros, un européen qui vient crécher à Hat Rin, dans la tête des regards froids que nous croisons, ça doit être un riche venu s'amuser et prendre les locaux comme ses serviteurs.

Voyant cette atmosphère pesante, nous prenons un tuk-tuk (qui nous assassinera de 300 THB, 8€) pour monter sur la plage du nord, supposée plus chaleureuse et moins fréquentée. Et là...bienvenue au paradis tropical, comme en témoigne ma photo ci-dessus :). Ca envoie hein ? Ce n'est qu'un début !

Après trois semaines en famille passées en Thaïlande, retour à Bangkok pour l'aéroport. Ma soeur rentre en France, et puis nous nous envolons mon frère et moi pour Clark, petite ville située au nord de Manille, aux Philippines. Je resterai 21 jours aux Philippines, comme il faut acheter un visa pour rester 30 jours de plus, et que je ne me suis pas acquitté de la somme nécessaire. Retour donc prévu en Australie le 1er Mars, à Sydney.

Aux Philippines, nous visitons un peu Manille le premier jour. Puis on prend un avion pour Cebu-city pour un boat-trip autour des Visayas : Cebu Island, Malapascua, Bantayan, Negros, Siquijor. Subjugués par ces petits coins de paradis, nous restons aussi à larver sur les plages de rêve tropicales. Les Philippines sont vraiment un pays à faire : moins touristique que la Thaïlande, les gens sont moins "faux", ne sourient pas que pour le portefeuille du touriste Blanc. C'est moins cher et plus sauvage. C'est aussi plus pauvre, donc il faut parfois avoir le coeur accroché quand on se situe en face de gens, des gamins parfois, dans une misère extrême. Bref, un pays à faire. Je passerai plus de temps à détailler ce voyage, avec plus de photos, plus tard.

 



Publié à 16:52, le 1/02/2013, Bangkok
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Cherry picking !

Mercredi 26 Décembre, c'est le dernier jour avant le Grand Jour. Chacun tente de récolter des informations sur la cueillette. La façon de ramasser, la manière pour aller plus vite. Et puis il y a les rumeurs de voyageurs-travailleurs : du style, "il paraît qu'on peut faire $300 par jour avec les cerises". Ou : "certains remplissent 30 à 35 bins par jour". C'est comme le calme avant l'ouragan, comme un examen oral, où toutes les rumeurs viennent et courent, tout le monde y croit sans savoir ce qu'il nous attend. Mais bon, toutes les entreprises ont leur Stakhanov, leur travailleur modèle qui enregistre des taux records de rentabilité. (Alekseï Stakhanov fut un mineur célèbre du régime soviétique stalienien, qui aurait extrait du charbon à hauteur de 14 fois la norme, 102 tonnes au lieu de 7 en 6h de travail. Le régime de Staline se sert de son exploit (réalisé avec d'autres prolétaires) comme modèle pour glorifier le don de soi, la volonté et la force au service de la patrie, propagande à destination des travailleurs de l'URSS). Du coup, faire $300 en une journée, signifie "picker" 43 caisses. L'e-mail que j'ai reçu à propos des conditions de travail stipulait que les récolteurs inexpérimentés habituellement remplissent 25 caisses. On verra demain.

Oui, c'est payé au rendement : plus on va vite, mieux on gagne et chacun est libre de travailler à son rythme. On prend des pauses quand on veut, on prend un repas ou non, on s'en va fumer si on veut, personne ne nous dit ce que nous devons faire. Chacun sait suivant sa condition (et son porte-feuille).

Ce sera rémunéré $7 par caisse de 8 kg. Dit comme cela, ça paraît facile et rapide de ramasser 8 kg de cerises. C'est le bordel niveau de l'organisation. Le manager de la maison aménagée en backpackers de fortune, n'a qu'un pick-up pour nous emmener à la ferme, il ne peut donc emmener que 4 personnes à la fois. Nous sommes bien une vingtaine à avoir besoin de son transport, les autres ayant des voitures (pleines). Il nous dit qu'il louera un bus pour emmener tout le monde d'un coup, ce sera plus simple.
Le couperet tombe : demain, on part à 7h30 pour la ferme, à dix minutes de là. Je passe la soirée à discuter avec d'autres que je n'avais pas vus : français(e), coréens, japonais(es). Et puis viens le moment d'y aller :

Jeudi 27 décembre, jour 1 :

Branle-bas de combat à l'auberge, tout le monde se lève vers 6h du matin. Je n'envisage pas la douche : il n'y a que deux salles-de-bain pour peut-être 40 personnes, cela attendra ce soir.  Je me tiens prêt avec d'autres, attendant la voiture du manager. En dix minutes, nous arrivons à la ferme. Elle paraît gigantesque. On est loin de la petite parcelle artisanale, c'est en fait la plus grosse exploitation de cerises en Australie. Et de fait, nous serons 400 à ramasser ce fruit rouge cette année. C'est énorme, la saison va vite se terminer du coup. Nous devons nous enregistrer au bureau sur la liste de l'entreprise, puis signer le contrat. On nous attribue une sorte de harnais à enfiler, pour porter les caisses. Chacun reçoit aussi un rouleau d'autocollants présentant un chiffre chacun. J'ai le 136. Cela sert à savoir qui a effectué telle ou telle caisse de cerises, en bref, ça sert à être payé. Le temps que tout le monde remplisse son contrat, une large heure défile. Il doit être 9h, nous partons enfin. Amoncelés à l'indienne sur un pick-up, le patron de la ferme nous emmène dans nos rangs de cerisiers. On nous explique la manière de récolter : sans feuille, cerises seules, séparées de leurs jumelles en grappes, avec la queue et sans éclats (d'insectes, de pourriture, etc.), ne pas jeter les cerises dans la boîte, comme elles sont fragiles, elles peuvent se casser facilement et baissent en qualité. D'énormes palettes de caissettes en plastiques sont entreposées en marge de l'exploitation. Lorsqu'une "bin" (caissette en plastique) est pleine, nous la laissons au pied des arbres avec notre autocollant enroulé sur la queue d'une cerise en surface.

Il n'y a plus qu'à s'y mettre, juste là, à six mètres de là...on nous répartit dans les rangs, 4 par là, 2 par là, 3 là-bas. Je pars avec la française rencontrée hier à l'auberge. Et je me rends compte qu'il est long de remplir cette foutue caisse. Pour un bon taux de salaire, 2 à 3 par heure serait bien. De 9h30 à 14h, je tourne à une caisse par heure. A peine 5 bins en 4h de travail, soit $35 en 5h, $7/h. Pire qu'un salaire de chinois travaillant en Australie ! Il faut dire que j'ai pris mon temps. C'est le premier jour, j'y vais tranquille : j'ai mangé à midi et puis j'ai discuté avec ma binôme. J'entends que nous finissons à 15h30. Pris de lassitude, je pousse un coup de bourre. Et en fait, c'est là que je découvre une technique de récolte pas trop mauvaise je pense. Juste avant, je me contentais d'arracher vers le bas chaque fruit. Ma nouvelle trouvaille consiste à prendre deux ou trois cerises d'un coup par le bout de leur queue, une grappe dans chaque main, et tier de côté, les bras faisant un mouvement en 8, et les séparant avec les doigts avant de les poser plus ou moins délicatement dans la cagette. J'arrive à 8 caisses seulement à 15h. Et en appliquant ma nouvelle technique, je remplis une caisse en seulement 30 minutes, au lieu d'une heure voir plus au tout début. Mais c'est parce que je suis dans mon coup de bourre, blasé d'avoir fait si peu. Je ne peux pas avoir ce rythme pendant 10h de job ! 9 ou 10 cagettes (je ne sais plus exactement), en 6h de cueillette : ça fait $63-$70 de salaire brut, $10/h !

Néanmoins, nous sommes dans la moyenne. C'est la toute première expérience pour tout le monde et chacun a fait entre 8 et 12 caisses...bref, chacun se compare...peut-être pour vérifier s'il y a un Alexeï Stakhanov dans le lot. Le fermier continue de nous assurer que le premier jour, il est commun de ne faire que 10 caisses, et que quelques jours plus tard, nous ferons certainement entre 30 bins et 40...Je demande à voir ça tiens ! Demain, nous commençons 3h plus tôt, à 6h du matin et on s'est fixé avec Ami, ma binôme du jour, de doubler la récolte, passons à 20 bins.

Je suis cramé en un seul jour, il faisait 26°C et soleil aujourd'hui. J'ai le bout des doigts déjà engourdis car il faut que ces 10 petits bouts de chair articulés s'habituent. Et sinon, ben le jus de cerise ça colle au doigts et c'est pénible pour le picking ! Les branchages qui virevoltent au gré du vent m'empêchent de voir les cerises et me font perdre du temps. Sinon, ces branches se tordent sur ma caisse en bandoullière, et font dériver au sol les cerises que je ramasse et qui sont censées retomber dans ma caisse. Alors je me baisse pour pas en perdre une seule...bref, le vent qui "semble être une brute raffolant de nuire à tout le monde", n'est pas l'ami du picker et ne semble pas "choisir les victimes de ses petits jeux". Mais je n'ai pas à me plaindre, ce n'est pas très physique, c'est même plutôt tranquille comme travail de ferme. C'est très rébarbatif mais je pense m'y plaire car je vois du monde, je suis dehors, je travaille à mon rythme, c'est plutôt cool. Et c'est idéal pour finir mon voyage dans ce pays.

Demain, Jour 2, on embauche à 6h30 du matin. J'espère être plus rapide pour avoir plus d'argent de poche en Asie ! Avec deux heures en plus par rapport à hier, je n'ai fait que deux cagettes de plus, 11 au lieu de 9 hier...c'est pas encore ça ! On est passé sur un champ, une autre race de cerises où les fruits ne sont pas faciles à cueillir sans tout arracher. Le fruit pousse sur un bourgeon qui donne naissance à plusieurs grappes de cerises liées par deux ou trois. Si on arrache tout le bourgeon fleuri, l'arbre met trois saisons à se régénérer. Il faut donc ceuillir vite, et être minutieux. Deux mécanismes qui ne vont pas de pair pour le moment. La patronne peut nous virer si trop de bourgeons sont arrachés, ou bien ne pas comptabiliser les caissettes...

Le temps a fait son affaire, comme dirait un certain Georges...une semaine s'est écoulée depuis que j'ai écris plus haut. Mes mains ont récolté des milliers de cerises et je suis passé à 14 caisses par jour, record battu de 17 en 8h il y a quelques jours. J'ai fait un peu connaissance avec mes camarades de l'auberge. Je suis définitivement amoureux de toutes les japonaises...ou presque ! Les japonais que j'ai rencontré partout en Australie sont des gens souriants, déconneurs, calmes et vraiment sympas...j'apprends quelques mots. Ils vont me manquer tous ces asiatiques "zen" lorsque je serai retourné au bercail en France !

Et puis vient le réveillon : c'est déjà le cinquième jour de picking, le 31 décembre. On organise une soirée à l'auberge familiale pour faire le saut en 2013. 2012 est morte et enterrée qu'il faut déjà éponger le premier abus d'alcool de l'année...la reprise à la ferme le 2 janvier s'annonce dure.

J'en profite pour souhaiter à ceux qui lisent ces lignes une bonne et heureuse année 2013, avec tout le packaging de bonnes choses et de bonne santé que l'on souhaite.

En quelques jours, je me suis retrouvé à récolter dans la même allée que les deux français avec qui j'ai sympathisé. On se marre bien, entre deux coups de bourre sur les cerises, c'est une bonne ambiance. Et puis on ne sait pourquoi, la superviseuse nous a à la bonne. Du coup, elle vient nous parler de temps en temps et elle nous place sur les bons arbres avec des grosses cerises (=plus de boîtes remplies, plus de salaire) et facile à cueillir. J'ai cru que j'allais doubler mon rendement, passer à 20 cagettes par jour, mais non. Je stagne entre 14 et 16, pour des journées de 8h à $100. Cela pourrait être pire, surtout que nous travaillons 7/7 jours.

Les 3, 4 et 5 janvier sont des jours chauds : avec un pic à 40°C le 4 janvier, il fait entre 30° et 35° en raison d'un vague de chaleur sur le sud de l'Australie. Apparemment, les locaux de Tassie n'ont jamais eu 40°C depuis des lustres. Des feux de forêt se déclenchent et se propagent rapidement vu ce vent brûlant à décorner les boeufs. Au lieu de finir à 14h30 à la ferme, on plie bagages à 11h, il fait déjà 38°C et je peux certifier que le soleil ici est plus que percutant, je ne l'ai jamais ressenti aussi fort même au nord de l'Australie. Trou de la couche d'ozone oblige...même 20°C suffisent donc à prendre des coups de soleil ! A priori c'est la meilleure saison depuis 6 ans que la superviseuse travaille ici, et comme les cerisiers sont blindés, la saison pourrait bien durer jusqu'au 20 janvier ! Je vais devoir arrêter avant.

Mon quotidien ? Lever 5h, début du picking à la ferme à 6h. Nous devons déshabiller les arbres un à un. Et quand vient 14h30, je remonte à l'office attendre la voiture du mec chez qui je loge qui me ramène chez lui. J'attends parfois 1h comme il n'ya qu'une voiture pour une quinzaine de personnes...pas pratique ! Lorsque le soleil marque le crépuscule, tout le petit monde est déja en train de dormir pour une autre journée, similaire.

La saison des cerises se termine pour moi. Le calendrier file à grands pas vers mon départ en Thaïlande. Mais comme on nous donne 2 days-off, on en profite pour passer du temps ensemble à l'auberge. Nous voulions se faire une journée dans un parc national, mais ils étaient tous fermés ce jour-là à cause des bushfire, des feux de forêt. Du coup nous sommes allés aux Hasting Caves, 150 km au sud de New Norfolk :

On ne voit pas grand chose mais c'était impressionnant, humide et profond...je parle des grottes ! Nous sommes le 9 janvier, dans pile une semaine je serai en Thaïlande. Je ne réalise pas du tout que l'Australie, c'est fini. Mais je sais d'ores et déjà que tout ce petit monde à l'auberge va me manquer. Comment ne pas être triste de quitter ces gens souriants et sympas, ces japonais(es), coréen(ne)s, chinois(es), anglais et français avec qui j'ai partagé mon temps pendant 3 semaines !

Mes derniers jours de picking ne seront que souvenirs dans peu. Quelques photos de la ferme :

Un cerisier, c'est grand parfois. Donc nous devons monter aux échelles pour attrapper les cerises, sur un sol en pente, ce qui occasionne quelques chutes. 3 morts déjà ! C'est un métier à risques et sans prime. (pour les morts, c'était pas vrai).

On croirait un verger dans le Lubéron. Non non, c'est un champ de pommiers en Tasmanie.

Voici les fameuses caisses que l'on remplit. $7 par cagette, je mettais un peu moins de 25 minutes à en remplir une à la fin de mes 3 semaines, mon record étant 19. Je n'ai jamais dépassé les 20 caisses alors que d'autres "pick" 25 à 30 caisses par jour ! Crazy machines they are ! Au final, cette expérience ne va m'apporter que 1000$ ou 1500$ tout au plus pour 15 jours travaillés, très peu d'argent comparé aux autres secteurs d'emploi mais c'était vraiment sympa, je le referais si c'était à refaire.

Quelques soucis avec la banque pour réserver mon vol Hobart-Gold Coast : j'avais oublié comme un boulet que depuis juin dernier, ma CB française était bloquée car je ne me souvenais plus de mon code, ce qui a bloqué la carte. Je dois attendre mon salaire des cerises, 10 jours après la fin de la saison et je n'ai plus aucun dollars sur mon compte australien asséché. J'ai donc du venir en aide à la famille pour me rendre à Gold Coast et pour vivre en Thaïlande en attendant ma prochaine rentrée d'argent. C'est résolu mais j'aime pas faire ça.

Et voilà, c'est le temps de dire au-revoir. J'ai fait ma dernière journée lundi 14 janvier. Je suis parti mardi 15 au matin un peu noué un peu triste de quitter ce beau monde, j'en ai même oublié de prendre des photos de groupe, comme on fait d'habitude pour les souvenirs. Mais c'est pas mon truc. On se fait une dernière soirée avec mes deux potes français avec qui je travaillais, et c'est le grand départ demain matin. Ils vont me manquer! J'ai finalement décidé de revenir en Tasmanie après l'Asie.

Avec mon pote Robin, on va s'inscrire pour travailler à la récolte des pommes de fin février à mars, dans la même ferme où nous étions aux cerises. La saison commence fin février, et moi je dois quitter les Philippines le 28 février, donc cela tombe bien : je profite de mon visa Australie jusqu'au bout et je me fais un peu de sous pour rentrer en France.



Publié à 05:50, le 15/01/2013, Hobart
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Tasmanie !

J'arrive à 19h30 à l'aéroport, très petit, d'Hobart. Il caille, il doit faire 16°C avec un vent super frais, et nous sommes en plein été. Ca me rappelle lorsque je suis arrivé à Hambourg où il devait faire 10°C mais c'était en février...La Tasmanie, à 45° de latitude, possède un climat océanique et n'est pas réchauffée par le Gulf Stream. Autant dire qu'il caille toute l'année.

Bref, ça a l'air d'être un territoire superbe. Le gars qui s'occupe du backpackers passe me chercher à l'aéroport, trois coréens sont aussi présents au rendez-vous. Il commence par nous expliquer que notre logement à changé car il y a eu des problèmes à propos de l'organisation. C'est la première fois qu'ils embauchent dans le picking, donc ils ont l'air un peu débordés. Du coup, il nous emmène là où il réside, précisant que c'est $126/semaine (moins cher), mais que c'est en travaux donc il n'y a pas encore de lumière dans les chambres. Ca promet ! Il nous fait visiter en voiture un peu de la ville de Hobart, nous explique l'histoire de la ville, etc. La Tasmanie serait le territoire australien le plus anglais. Lorsque les britanniques s'installent en Tasmanie, ils déciment et massacrent les aborigènes présents sur place. Du coup, il ne reste presque pas d'aborigènes en Tasmanie et les noms de lieux sont davantage teintés de Grande Bretagne que sur le reste de l'Australie...

A l'arrivée, je me dis "mais qu'est-ce que je fous là encore?". Et puis je m'installe, je fais mes premiers contacts avec les backpackers avec qui je vais ramasser les cerises. Ca a l'air sympa comme endroit. Moi s'il y a un tabac, un Woolworths, un lit, ça me va. La nuit fraîche passe (peut-être 7 ou 8°C), et un soleil brûlant me réveille (je dors sans rideaux sous la fenêtre). Nous sommes entourés de collines qu'on ne voyait pas dans la nuit.

C'est peut-être parce que je suis déjà dans mon voyage retour vers l'Europe dans ma tête, mais l'ambiance ici me fait vraiment penser à la France pour la première fois depuis que je suis en Australie : une température tempérée voir fraîche, des collines, en pleine campagne avec une végétation qui n'est pas tropicale. Il y a des vaches et des bottes de foin dans les champs. Ca change du bush et du désert dans le continent australien !

J'étais de mauvaise foi, il devrait faire 25°C aujourd'hui et contre toute attente, je ré-enfile mes tongs et mon short. T-shirt pourrave et short bien usé, c'est un peu ma tenue de travail pour demain, bien plus agréable que ces foutues chaussures de sécurité, ce pantalon noir et ce tablier pourri que j'avais à Sydney pour faire la plonge. Voici la vue de ma chambre, bien mieux là aussi que les backrooms de Kings Cross : Demain est encore une nouvelle aventure. Lever à 5h du matin, on devrait commencer aux cerises à 6h du matin.



Publié à 09:25, le 26/12/2012, Hobart
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